Allo Docteur, mon chien est devenu fou!!!

2015-11-06 à 15 h 40 min

Ce type d’appel, exceptionnel heureusement , peut avoir une cause bien banale : un traitement avec le Primperan (NDH) ou le Primperid (NDV). La molécule active est le metoclopramide. Ce médicament, pourtant utilisé de façon fréquente contre les vomissements, provoque chez certains patients, humains ou animaux, des effets catastrophiques.

Parmi les effets secondaires répertoriés lors de l’administration de cette molécule (trouble intestinaux, hypertension, hyperprolactinémie) il en est un qui doit éveiller notre attention : les syndromes extra pyramidaux. Et parmi ces manifestations nerveuses diverses (torticolis, incoordination motrice, etc.…) l’agressivité brutale et quasi incontrôlable, tout autant chez le chat que chez le chien, met en danger la sécurité de l’entourage de l’animal.

Voici deux cas vécus :

Une Beauceronne malingre et craintive est amenée en urgence à ma consultation pour une récidive de dilatation d’estomac. Je lui administre une assez forte dose de Primperid par voie veineuse pour déclencher l’ouverture pylorique et la vidange naturelle de l’estomac. Le temps de régler la consultation, d’échanger quelques mots, la propriétaire retourne à la voiture. Juste avant de l’atteindre, la chienne se précipite sur sa maitresse et lui mord le pantalon puis le blouson. Monitrice en club et habitué aux chiens « durs », elle maitrise la Beauceronne et l’enferme dans le vari kennel. La « crise » dure 30 minutes et cesse spontanément.

Une de nos adhérentes fait soigner son Picard pour une gastrite chronique. Le praticien prescrit le Primperid par injection et par voie orale. Dans les 48 heures, le comportement agressif survient. Le chien grogne pour un rien et il tente de mordre à plusieurs reprises une personne de son entourage qu’il affectionne tout particulièrement en temps normal. La situation s’aggrave et c’est un pharmacien de la famille qui tire la sonnette d’alarme. L’arrêt du traitement n’arrange pas l’agressivité du chien. Il doit subir un traitement détoxifiant homéopathique dont je vous donne la composition : solidago vir. Aur. ; carduus marianus ; chelidonium maj. le tout en 5 CH ; 3 granulés toutes les 3 heures jusqu’à guérison. L’accident relaté s’est étalé sur plusieurs semaines.

Lors d’un congrès régional dédié aux chiens dits dangereux, j’ai pu collecter les observations de mes confrères à ce sujet. Plusieurs précisent que cela survient surtout sur des chiens pour lesquels la hiérarchisation est mal établie. Ceci est vrai dans le cas de la Beauceronne, je n’ai aucun élément pour en dire autant du Picard.

Depuis peu, l’arsenal pharmaceutique vétérinaire s’est enrichi de deux produits qui évitent les risques décrits plus haut. L’un, la cimétidine, est destiné au traitement des gastrites chroniques. L’autre, le maropitant, à des effets anti vomitif puissants avec une action directe sur le centre nerveuse correspondant. Nous réserverons donc à l’avenir le métoclopramide pour ses effets moteurs sur la paroi gastrique et son action de vidange pylorique.

De nombreux vétérinaires n’ont jamais été confrontés à ce type d’accident et il n’y a pas de bibliographie vétérinaire explicite, c’est pourquoi je me permets de faire un peu de vulgarisation auprès de propriétaires de chiens suffisamment forts pour infliger de gros dégâts corporels à leur entourage. Si votre chien doit recevoir un traitement anti-vomitif, parlez-en à votre vétérinaire .

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